Bonjour à tous ! Comme réclamé par beaucoup, les suites de mes folles péripéties à Laï.
Alors toutes mes excuses, ça faisait bien longtemps que je n’avais plus partagé ce que je vis ici, en pleine brousse tchadienne. Ce n’est pas parce que je n’ai rien à raconter, loin de là. Je vis tous les jours des choses surprenantes, je pense que c’est le bon terme. Et c’est dur à retranscrire, vous ne me croiriez pas si je vous expliquais le quart de ce que je vis. Enfin bon, je vais quand même essayer de vous relater un peu ce que j’ai vécu ces derniers temps.
Mon travail à la radio
Toujours autant de boulot, je n’arrête pas mais je pense être mieux intégré désormais. A peu près, ça prend du temps au Tchad. La grande nouveauté c’est que je m’occupe désormais de la page internationale du journal, donc je suis tous les soirs sur les ondes de radio Effata, la radio la plus écoutée de la Tandjilé, ça c’est la grande classe ! Du coup, je garde mes matinées pour faire tout le travail administratif et relationnel, en gros assurer le bon fonctionnement de la radio, et le soir, je fais purement du travail journalistique. Ça me coupe la journée et change d’activités donc je trouve ça pas plus mal. On a fêté les 5 ans d’existence de la radio le 28 janvier. Ça nous demandé à tous pas mal de travail puisqu’on a silloné pas mal de cantons, pas mal de villages de brousse pour aller à la rencontre des auditeurs. Je garderai à l’esprit le voyage en moto pour aller à Mandé, 25kms à l’est de Laï. On a fait 3 heures de marché, à rencontrer plein d’ethnies, les chefs de village et religieux. C’était vraiment intéressant. Et mention spéciale pour les Peuls. Je trouve que ce peuple nomade a vraiment la classe et respire la tradition ancestrale africaine. Un peuple qui a toujours vécu selon sa philosophie, et qui doit pas mal se contrefoutre de la mondialisation je pense. Bref, ça s’est terminé par un débat le 28, émission spéciale de 4 heures le matin conclue par un repas avec le personnel. C’était bien sympa, mais maintenant ça fait du bien d’avoir un peu plus de temps pour respirer.
Nouvel an à N’Djamena
On s’est bien habitué à Laï désormais, mais on aime bien aller retrouver une grande ville aussi, voir si les voitures et la pollution ça existe toujours. Et puis il faut faire un stock de nourriture qu’on ne trouve pas à Laï, genre de l’huile d’olive du poivre ou du fromage (non je ne déconne pas). Donc avec mon coloc Yves et Rémi, on est parti à la capitale fin décembre. En plus on devait retrouver pas mal de coopérants français sur place pour le nouvel an. Et on devait aussi choper Pierre le 1er, le 3ème coopérant français de Laï qui habite désormais avec nous. Parti le 28 décembre au matin, 3 nassara dans une voiture, peut-être pas très prudent mais bon… Du coup, on arrive au Centre d’Accueil de Kabalaye après un peu plus de 6 heures de route, sans aucun souci. Et 4 jours de vacances en prévision, ça fait plaisir. Enfin ! Globalement ça s’est très bien passé. Comme c’était les fêtes, il y avait pas mal d’humanitaires français en vacances à N’Djamena. Des gens de Mongo, d’Abéché, de Goz Beida, de Doba, de Pala… Et c’était vraiment intéressant de pouvoir partager nos expériences respectives. Les conditions de vie, les mentalités aussi sont vraiment différentes selon l’endroit où on est mutés. On se rend compte qu’on est bien tranquille à Laï, même si on manque vraiment de matériel, de nourriture, de loisirs. Je pense en particulier à ceux qui travaillent dans les camps de réfugiés à Abéché, à ceux qui sont sur la route rebelle à Mongo. Ce n’est pas évident pour tout le monde, et ça fait vraiment du bien de partager ça entre Français. Ça fait un break et ça fait réfléchir. Surtout, ça faisait très longtemps que je ne m’étais pas retrouvé à table avec une quinzaine de blancs, ça fait même bizarre à force de ne côtoyer que des Tchadiens ! Pour le soir du 31, on avait réservé dans un restaurant érythréen, on a mangé un plat typique et bu de la bière locale (ne me demandez pas les noms, j’ai oublié !), et on fini la soirée chez Frédéric, dans sa concession. Vraiment une bonne soirée, dans une ambiance surréaliste parfois (genre le retour de nuit).
Sinon N’Djamena est vraiment une ville fascinante. Vraiment une expérience à vivre. Les rues sont pleines de monde, le grand marché toujours impressionnant, avec son nombre incroyable de tabliers et de commerçants. Une ville en plein essor économique aussi, où l’on sent que les infrastructures, les entreprises évoluent. Et aussi une misère apparente. Le genre de ville où c’est un peu tendu pour un blanc de se déplacer à pied le soir et où les vigiles de bar sont des militaires armés de kalachnikovs. Par contre on s’est fait plaisir, genre les restaurants et boulangeries français (5 mois que je n’avais pas mangé un croissant, ni un yaourt !), et aussi le bon moment passé au Méridien, l’hôtel de luxe de la capitale. Reçus comme des rois, au bord de la piscine avec vue sur le Chari et au-delà, sur le Cameroun. Oui il y a quand même certains bons côtés de ma mission, et après 5 mois en brousse, on ne refuse pas un décor européen.
J’en ai aussi profité pour aller voir un médecin français, faire quelques tests parce que j’avais des petits ennuis de santé, et tous les résultats sont négatifs, donc c’est cool. Je suis parti bien rassuré. Ça fait peut – être très « colon » d’aller voir un médecin français mais j’ai profité d’un endroit clean, où il ya de bonnes conditions sanitaires. Quelques fois, on a peur de ressortir avec une autre saloperie.
Donc 4 jours de break qui font vraiment du bien, et on est reparti à Laï pour reprendre le boulot. Pas de soucis non plus sur le retour sauf une crevaison, mais c’est le jeu sur ces pistes. Et j’ai vraiment apprécié le retour à Laï, retrouver les amis, ses petites habitudes, le calme…
Quelques anecdotes en vrac pour finir
La CAN, un truc de fou en Afrique, enfin à Laï en tout cas
Comme vous savez, j’adore le foot, et comme c’était la Coupe d’Afrique, je me suis demandé comment ça se passait ici. En fait j’ai vite compris. Il suffit d’avoir une télé, et tout le monde se retrouve, la porte est ouverte. C’est vraiment une bonne ambiance, ça commente pas mal, ça rigole, c’est vraiment chouette. En général, il y a plusieurs télés, dans les concessions, le centre culturel. Bon j’avoue, moi j’allais plutôt à l’abreuvoir retrouver mes amis. Et puis je commence par avoir mes petites habitudes. Mais c’était pour des rasions professionnelles bien sûr, puisque je faisais un résumé à la radio dans le journal du soir.
Le jour de la finale a été un grand moment aussi. Au sortir de la sieste, à 17h, rdv à l’abreuvoir avec les amis, c’était noir de monde (sans mauvais jeu de mots). Très sympa, très animé. Et puis c’est drôle parce que le foot est vraiment un sport universel, et on trouve facilement des sujets de conversation !
Le coup de la crevasse
Là j’ai eu bien peur, mais ça s’est bien terminé, donc maintenant je peux vous raconter. C’était il y a une petite dizaine de jours je crois,
je suis parti avec un ami tchadien en pleine brousse chercher un autre ami. Il fait nuit noire (aucun éclairage public bien sûr et ce soir il n’y pas de lune. On s’engage sur un chemin
improbable, je roule vraiment doucement. Et là la voiture pique du nez, se bloque. A fond sur l’accélérateur, je patine dans le vide, et j’ensable les roues arrières. Et merde ! On descend
voir les dégâts et je manque de me tomber. Une crevasse énorme, en plein chemin. Genre à pic, 2 mètres de profondeur. J’ai mis en fait la roue avant
dans le trou, du coup la voiture complètement penchée en avant, en plus comme j’ai fait le bourrin pour la sortir, j’ai ensablé les roues arrières. Par contre la solidarité en Afrique, ce n’est
pas un mythe. Imaginez, planté en plein brousse, en plein nuit, au milieu de nulle part. On fait quoi ? Deux gars sont sortis d’une case, et ont commencé à parler avec Allafi, mon pote
(toujours avoir un ami tchadien avec soi). Et les deux hommes amènent des pelles, des pioches. On commence à dégager les roues, à mettre du seiko pour que ça glisse, à faire un monticule pour
relever la roue avant. Et on tente la sortie du 4x4. Impossible, après une 30min d’efforts, je sens de la fumée donc j’arrête tout. Alors il faut réfléchir, qu’est ce qu’on fait. Ah Théophile et
Yves ! J’appelle mon coloc Yves, qui appelle Théophile, le chef de garage et un bon ami. Coup de chance, il est dispo, il a bossé toute la journée comme un malade, revient juste de Kélo,
mais on peut vraiment compter sur lui. Et il a la dépanneuse locale surtout. Ils arrivent à peine 10 minutes plus tard. Et je me fais bien disputer comme on dit ici. Ils me disent que j’ai eu
énormément de chance, de regarder la situation. Eh oui, effectivement j’aurai pu tomber dans la crevasse, passer par le pare-brise, bref j’aurai pu me faire très mal. Là je réalise, c’est pour ça
qu’Allafi ne faisait pas le malin non plus. Bon Théophile prend les choses en main, déblaye, donne les bons coups de pioche. On finit par attacher un câble entre les 2 4x4 pour la sortir de
force. Après 5 min, à pousser comme des dingues aussi, on y arrive, et c’est vraiment un soulagement. On rentre décompresser et offrir une bière à Théophile quand même, mais vraiment, on peut
dire ce qu’on sur Laï et sur le peuple tchadiens, les vrais amis se mettent en 4 pour t’aider quand tu as un problème. Franchement ça fait chaud au cœur. Au bout de quelques mois, on sent qu’on
commence à être appréciés, à avoir de bonnes relations. Et je ne sais pas comment je me serai démerdé seul. Heureusement qu’il y le portable qui passe depuis quelques années. Comme on dit ici,
merci beaucoup.
Bon je m'arrête là pour ce soir, ça vous fait déjà pas mal de lecture, et franchement si vous êtes arrivés eu bout, merci.
Je rédige en ce moment la suite de quelques anecdotes, je publie ça très vite.